LE JOURNAL IMANE STREET

Réflexions et inspirations pour cheminer vers un cœur solide

Je souffre en silence d’un trouble que peu de gens comprennent

J’écris ces lignes pour alerter sur l'anorexie mentale à partir du témoignage réel d’une sœur musulmane qui vit cette épreuve et qui a accepté, avec beaucoup de pudeur et de courage, de mettre des mots sur sa réalité pour que nous comprenions mieux ce que certaines femmes et sœurs traversent en silence.

Ce témoignage n’a pas pour but d’exposer ni de choquer, mais d’ouvrir les yeux sur une souffrance discrète, souvent cachée derrière un sourire, une apparence “normale” ou une grande discrétion.

Certaines maladies ne se voient pas clairement sur un visage, mais elles rongent de l’intérieur, mentalement, émotionnellement et physiquement.

L’anorexie mentale en fait partie.

Et lorsqu’une sœur ose parler avec cette sincérité, cela mérite écoute, respect et douceur.

Rester insensible face à une telle parole serait manquer de rahma, alors que notre foi nous appelle justement à la compassion et à la délicatesse envers notamment ceux et celles qui souffrent.

Ce qui suit est son témoignage, à cœur ouvert.

Témoignage à cœur ouvert

"Je ne suis pas dans le déni. Je vois mon corps. Je vois mes bras devenir fins, mon visage se creuser, mes vêtements flotter. J’entends les remarques inquiètes. Je comprends les risques.

Je sais que je me fais du mal.

Et pourtant, au moment de manger normalement, quelque chose se bloque en moi. Une angoisse monte, une peur irrationnelle mais envahissante, comme si manger devenait un danger, comme si perdre ce contrôle me mettait en insécurité.

Sachez que je suis lucide sur ce qui m'arrive, mais je suis quand même prisonnière.

Mon corps a faim, il me le montre par la fatigue, les vertiges, le froid constant.

Mais dans ma tête, il y a une voix dure, exigeante, qui me dit que je dois tenir, que je ne dois pas céder, que manger serait un échec. Cette voix prend parfois toute la place.

Ce n’est pas que je veux disparaître ou que j'aime me faire du mal.

Ce n’est pas que je veux faire souffrir les autres.

C’est que, d’une manière étrange et douloureuse, restreindre la nourriture me donne l’impression de gérer quelque chose.

Je sais que ce n’est pas sain. Je vois mon énergie baisser, ma concentration diminuer, mon humeur changer, ma capacité de travail et d'analyse ralentir. Réfléchir me demande beaucoup d’effort. Je vois ma vie se rétrécir.

Et pourtant, je suis coincée entre deux peurs : la peur de manger et la peur de continuer comme ça. Chaque repas devient un combat intérieur. À la fin de la journée, je suis épuisée, mentalement autant que physiquement.

Je culpabilise aussi énormement. Je me dis que d’autres vivent des choses plus graves, que je devrais être plus forte, que ce n’est “que de la nourriture”. Alors je cache. Je souris. Je dis que tout va bien. J'aide même les autres sans jamais parler de ma maladie.

Mais à l’intérieur, je me sens prise au piège d’un fonctionnement que je comprends, sans réussir à le changer seule malgré beaucoup de tentatives.

Et il y a aussi tout ce que les gens ne voient pas dans la vie de tous les jours.

Les repas en famille deviennent une source d’angoisse.

Les invitations au restaurant me stressent des heures à l’avance.

Je calcule, j’anticipe, je cherche des excuses, je déplace la nourriture dans mon assiette pour donner l’impression que je mange.

Pendant que les autres discutent et profitent du moment, moi je lutte intérieurement avec la peur de chaque bouchée.

Les sorties spontanées deviennent compliquées.

Les invitations sont automatiquement refusées.

Un café peut devenir un problème.

Un goûter avec des proches peut me mettre dans un état de tension énorme, alors que de l’extérieur ça paraît simple, normal, banal.

Quand il y a les enfants autour de moi, parfois je culpabilise encore plus.

Je me demande quel exemple je donne, je me sens incohérente entre ce que je voudrais transmettre soit l’équilibre, la gratitude, le respect du corps et ce que je vis moi-même.

Cette culpabilité me fait mal, mais elle ne suffit pas à faire taire la peur de manger.

Alors je jongle entre paraître normale et gérer mes angoisses en silence.

Socialement, ça isole.

On se sent différente, en décalage, fatiguée de faire semblant. Et plus le temps passe, plus le monde extérieur paraît difficile à affronter autour de quelque chose d’aussi simple, en apparence, qu’un repas partagé.

Parfois, je me sens coupable même dans ma foi. Je me dis que je devrais mieux prendre soin de mon corps, qu’il est une amana confiée par Allah.

Je me sens en décalage entre ce que je sais religieusement et ce que j’arrive à faire concrètement dans mes actions. Mais avec mon peu de science, j’essaie de me rappeler qu’Allah connaît les combats invisibles, les luttes intérieures, les faiblesses humaines.

Il voit aussi la souffrance, l’intention, l’effort, même quand il est petit.

Je ne désespère donc jamais.

Je ne cherche pas l’attention ni la compassion. Je cherche juste à ne plus être seule avec cette maladie et partager mon témoignage.

Et peut-être qu’en parlant ici, une autre sœur se sentira un peu moins incomprise, un peu moins coupable, un peu moins isolée et un peu moins seule dans ce combat silencieux.

Avec tout mon amour fillah"

FIN DU TÉMOIGNAGE

Si tu vis la même chose

Si tu te reconnais dans ces mots, le fait d’être lucide ne veut pas dire que tu dois t’en sortir seule. Comprendre la maladie ne suffit pas toujours à la vaincre.

Être accompagner est une démarche importante.

Tu n’es pas faible, tu es face à une maladie réelle, qui mérite un accompagnement réel.

Même si une partie de toi a peur de changer, une autre partie de toi espère s'en sortir.

Cette partie mérite d’être écoutée.

À celles qui lisent sans vivre cela

Si tu n’es pas concernée, alors sois douce dans tes paroles et dans ton regard.

Une sœur qui mange très peu ne cherche pas forcément l’attention.

Elle peut être en train de mener un combat intérieur intense que tu ne vois pas.

Parfois, au lieu de dire “mais mange un peu”, "tu es toute maigre" il suffit de dire :
“Je suis là si tu veux parler.”

Et parfois, cette simple présence peut déjà être une rahma pour un cœur fatigué.

Prend ce temps pour toi.

Lis. Réfléchis. Avance et Nourris ton cœur

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