LE JOURNAL IMANE STREET
Réflexions et inspirations pour cheminer vers un cœur solide
Quand on parle d’Iblis, beaucoup de personnes l’imaginent comme un être fou, irrationnel, déséquilibré, presque incontrôlable, alors que le Coran montre exactement l’inverse : Iblis est intelligent, il a un intellect, il a la capacité de réfléchir, il a le libre arbitre, il sait faire la différence entre le bien et le mal, il connaît Allah, il sait qu’il est une créature d’Allah, il sait qu’il est soumis à Son autorité, et malgré toutes ces connaissances, malgré cette lucidité, malgré cette proximité, il a désobéi.
Et c’est là que l’analyse devient intéressante.
Une désobéissance consciente et directe
Dans le Coran, Allah 'Azzawajel ne lui dit pas simplement : “Pourquoi as-tu désobéi ?”
Allah dit :
« Qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner lorsque Je te l’ai ordonné ? »
(Sourate Al-A‘rāf, 7:12)
La formulation est puissante ( traduction étymologique: "qu'est ce qui t'a stoppé de faire ce que J'ai commandé?"), parce qu’elle révèle qu’il y avait quelque chose à l’intérieur de lui qui l’a bloqué, quelque chose d’assez fort pour prendre le dessus sur la peur d’Allah, sur la conscience d’Allah, sur l’ordre direct d’Allah.
Il faut bien comprendre la gravité de la scène : nous, nous recevons les ordres d’Allah à travers la révélation, à travers le Coran, transmis par le Prophète aleyhi salat wa salam, transmis sur des générations, mais aujourd'hui nous ne voyons pas Allah, nous ne L’entendons pas directement, mais Iblis, lui, reçoit l’ordre sans intermédiaire, directement, dans un contexte où la grandeur d’Allah est manifeste, et malgré cela il dit non. Imagine la folie! Iblis dit non à ALLAH ! c'est du délire !
Cela signifie qu’il y avait en lui quelque chose de plus fort que la peur du châtiment immédiat, quelque chose de plus fort que la conscience d’être face à Allah.
Le cœur du problème : son image de lui-même
Iblis avait construit une image intérieure très élevée de lui-même, une représentation mentale dans laquelle il se voyait comme exceptionnel, privilégié, spécial, supérieur, et cette image était nourrie par sa position parmi les anges, par son élévation spirituelle, par sa proximité dans l’assemblée céleste, par le fait qu’il était le seul djinn à avoir atteint ce niveau.
Dans sa tête, il n’était pas simplement un serviteur parmi d’autres, il était un serviteur d’élite, un numéro un, quelqu’un d’irremplaçable.
Puis Allah annonce la création d’Adam, puis vient l’ordre : tous doivent se prosterner devant Adam.
Et là, son image intérieure se fissure.
S’il obéit, cela signifie qu’il accepte qu’un autre reçoive un honneur spécial.
S’il obéit, cela signifie qu’il accepte de ne plus être au sommet.
S’il obéit, il accepte la prosternation.
Et pour quelqu’un dont toute la valeur repose sur l'image et le fait d’être numéro un, cela devient insupportable.
Il devait choisir entre deux choses :
briser son ego,
ou désobéir à Allah.
Il a préféré préserver son ego en désobéissant à Allah.
La confusion sur la valeur
Le problème d’Iblis était profondément lié à sa conception de la valeur.
Dans sa logique, la valeur ne venait pas de l’obéissance, ni de l’humilité, ni de la sincérité, mais du rang, du statut, de la position.
Il pensait que sa supériorité venait de ce qu’il était, pas de ce qu’il faisait.
Il dit :
« Je suis meilleur que lui. Tu m’as créé de feu et Tu l’as créé d’argile. »
(Sourate Al-A‘rāf, 7:12)
Il compare les matières, il compare l’origine, il compare le statut, mais il ne parle jamais d’obéissance.
Il n’a pas dit : “Je suis plus obéissant.”
Il a dit : “Je suis meilleur.”
C’est une logique de classement, pas une logique de soumission.
Le basculement vers la rancune
Quand son image s’est brisée, il aurait pu reconnaître son erreur, mais au lieu de cela il a construit un récit intérieur dans lequel il n’était pas fautif.
Il a commencé à blâmer.
Il a blâmé Adam, comme si l’existence d’Adam était la cause de sa chute.
Il a même blâmé Allah, en disant en substance : “Puisque Tu m’as piégé…”
Il a transformé sa responsabilité en accusation.
Et c’est là un mécanisme psychologique très puissant : quand l’ego refuse d’admettre sa faute, il cherche des coupables extérieurs.
Le besoin de rester “numéro un” coûte que coûte
Dans son esprit, s’il n’était plus numéro un dans l’honneur, alors il serait numéro un dans la rébellion.
S’il ne pouvait plus être le plus obéissant, il serait le plus désobéissant.
S’il ne pouvait plus être le plus élevé, il serait le plus dangereux.
Il a choisi la visibilité par la nuisance.
Il s’est dit, en quelque sorte : “Si je ne peux pas être le meilleur, je serai le pire, mais je ne serai pas invisible.”
C’est une logique que l’on retrouve parfois chez les humains : quand la reconnaissance disparaît, certains préfèrent provoquer, détruire, saboter, plutôt que d’accepter une position humble.
“Ma vérité” contre la vérité
Iblis est intelligent, et c’est ce qui rend son cas encore plus dangereux, car une fois qu’il a construit son récit intérieur ,dans lequel il est victime, dans lequel Adam ne mérite pas l’honneur, dans lequel la décision est injuste , il refuse de remettre ce récit en question.
Même face à la vérité, il s’accroche à son histoire inventé dans son esprit.
Il ne cherche plus la vérité objective, il défend sa vérité inventée.
Et c’est exactement le piège qu’il tend aux êtres humains : créer un récit personnel, puis refuser toute correction, même lorsque les preuves sont claires.
Le message pour nous
Allah 'Azzawajel dit :
« Ne suivez pas les pas du Shaytan. »
(Sourate Al-Baqara, 2:168)
Il ne parle pas d’un saut brutal, mais de pas progressifs.
Un pas d’orgueil.
Un pas de comparaison.
Un pas de jalousie.
Un pas de justification.
Puis un autre.
Le profil psychologique d’Iblis montre que la chute ne commence pas par une grande explosion, mais par une image de soi exagérée, par une conception faussée de la valeur, par le refus d’accepter qu’un autre puisse être honoré, par le refus de briser son ego.
La différence entre lui et nous est simple : nous avons encore la possibilité de reconnaître nos erreurs, de corriger notre récit intérieur, de choisir l’humilité avant que l’orgueil ne devienne une identité.
Qu’Allah nous protège de l’orgueil, de la jalousie et de cette obsession du rang qui a détruit Iblis.
Prend ce temps pour toi.
Lis. Réfléchis. Avance et Nourris ton cœur